La répartition de la consommation de gaz en France réserve une surprise : ce ne sont pas les logements qui en consomment le plus, mais l'industrie. En 2024, les 359,6 TWh de gaz livrés aux consommateurs français se partagent entre 52,3 % pour l'industrie, 28,3 % pour le résidentiel et 18,6 % pour le tertiaire. Voici ce que disent réellement les données publiques, usage par usage et département par département — et ce que ça change pour votre facture.
L'essentiel à retenir
359,6 TWh de gaz consommés en France en 2024, tous réseaux confondus (source : ODRÉ / data.gouv.fr, consommation annuelle par département).
L'industrie est le premier usage du gaz : 188,1 TWh, soit 52,3 % du total. Le résidentiel n'arrive qu'en deuxième position avec 101,7 TWh (28,3 %).
Le résidentiel est l'usage qui a le plus reculé : −26,5 % entre 2018 et 2024, soit une baisse plus rapide que celle de l'industrie (−21,0 %).
8 départements n'ont aucun gaz de réseau : les 2 départements corses, les 5 départements d'outre-mer… et la Lozère.
📌 Note de lecture — trois pièges à éviter sur ces données
Périmètre « tous réseaux ». Ce fichier agrège le gaz livré via le réseau de distribution (GRDF, régies locales) et via le réseau de transport (NaTran ex-GRTgaz, Teréga), là où les gros sites industriels sont raccordés en direct. C'est précisément pour cela que la part de l'industrie est aussi élevée. Ces chiffres ne sont donc pas comparables avec les statistiques publiées sur le seul périmètre transport.
Rupture de série en 2018. La ventilation résidentiel / tertiaire change nettement entre 2017 et 2018 (le tertiaire passe de 58 à 89 TWh pendant que le résidentiel chute de 178 à 138 TWh) : c'est un changement de méthode de classement, pas un basculement réel des usages. Toute comparaison par usage doit donc démarrer en 2018. Les totaux annuels, eux, restent comparables sur toute la période.
Données brutes, non corrigées du climat. Un hiver doux fait mécaniquement baisser la consommation de chauffage. Une partie de la baisse observée relève de la météo, pas du comportement.
Dernier millésime disponible : 2024. Millésime 2025 non publié à date de rédaction.
À quoi sert le gaz consommé en France en 2024 ?
En 2024, l'industrie a consommé 188,1 TWh de gaz, soit 52,3 % des 359,6 TWh livrés en France (source : ODRÉ / data.gouv.fr, consommation annuelle d'énergie par département, millésime 2024). Le résidentiel — le chauffage, l'eau chaude et la cuisson des logements — représente 101,7 TWh (28,3 %). Le tertiaire (bureaux, commerces, hôpitaux, écoles) pèse 66,9 TWh (18,6 %). L'agriculture reste marginale avec 2,0 TWh (0,6 %), et les usages non classés 0,9 TWh (0,3 %).

Le chiffre clé Industrie + tertiaire = 70,9 % du gaz consommé en France. Les ménages, malgré leur nombre, ne pèsent qu'un peu plus d'un quart du volume.
La plupart des articles sur le sujet partent du postulat inverse : « le gaz, c'est d'abord le chauffage des Français ». C'est faux en volume. La confusion vient d'un biais de comptage : les ménages sont des millions de clients — mais chacun consomme quelques MWh par an, quand une usine chimique ou une raffinerie en consomme des centaines de milliers. La bonne formulation est donc : le gaz est majoritairement un combustible industriel, mais c'est un poste de dépense majoritairement domestique.
Les ménages consomment-ils vraiment la majorité du gaz ?
Non : les logements représentent 28,3 % du gaz consommé en France en 2024, contre 52,3 % pour l'industrie (ODRÉ, millésime 2024). Cette hiérarchie est stable depuis plusieurs années : la part de l'industrie oscille entre 50 % et 56 % du total depuis 2017, celle du résidentiel entre 25 % et 29 % depuis 2018.
Cela ne veut pas dire que le gaz est un sujet secondaire pour les ménages — au contraire. Un ménage chauffé au gaz y consacre l'un de ses premiers postes de dépense contrainte, et il subit directement le prix du kWh, la part fixe de l'abonnement et les taxes. Mais cela signifie que la trajectoire nationale de la consommation de gaz se joue davantage dans les usines que dans les salons.
Notre analyse Quand la consommation nationale de gaz baisse, il faut toujours se demander quelle moitié bouge. Une baisse tirée par l'industrie raconte une histoire de compétitivité et d'activité. Une baisse tirée par le résidentiel raconte une histoire de sobriété, de rénovation et de bascule vers l'électricité. En 2024, les deux baissent — mais pas au même rythme.
Consommation nationale de gaz, la trajectoire depuis 2013 → article F1 « Consommation de gaz en France : la chute continue » (URL à confirmer après publication)]
Quels usages ont le plus réduit leur consommation de gaz depuis 2018 ?
C'est le résidentiel qui recule le plus vite : −26,5 % entre 2018 et 2024, contre −21,0 % pour l'industrie et −25,0 % pour le tertiaire (ODRÉ, millésimes 2018 et 2024). Sur la même période, la consommation totale de gaz en France passe de 468,7 TWh à 359,6 TWh, soit −23,3 %.

En volume, le résidentiel a perdu 34,9 TWh entre 2021 et 2024 — l'équivalent de la consommation de gaz annuelle de toute la région Normandie. La bascule est nette après 2021 : la crise des prix de 2022 a accéléré un mouvement déjà engagé.
Attention à l'interprétation : ces trois chiffres de baisse n'ont pas la même signification. Côté résidentiel, la baisse mélange trois effets impossibles à démêler dans ces données — des hivers doux, des thermostats baissés, et des chaudières gaz remplacées par des pompes à chaleur. Côté industrie, elle mélange efficacité énergétique, baisse d'activité et fermetures de sites. Un −26 % résidentiel n'est donc pas une preuve de sobriété volontaire : c'est un résultat, dont la météo est co-auteure.
La baisse du gaz industriel, sobriété ou désindustrialisation ?
Quels départements consomment le plus de gaz en France ?
La Seine-Maritime est de loin le premier département consommateur de gaz de France, avec 29,4 TWh en 2024 — soit davantage que la région Occitanie entière (14,6 TWh). Suivent les Bouches-du-Rhône (20,9 TWh), le Nord (20,6 TWh), le Pas-de-Calais (14,0 TWh) et la Moselle (11,2 TWh). À eux seuls, ces 10 départements concentrent 39,6 % du gaz consommé en France.

À retenir En Seine-Maritime, 88,8 % du gaz consommé va à l'industrie (26,1 TWh) : le département concentre à lui seul 13,9 % de tout le gaz industriel français, grâce à sa vallée pétrochimique et à ses raffineries.
La carte du gaz n'est pas la carte de la population, et c'est là que le classement devient contre-intuitif. Paris, 2,1 millions d'habitants, consomme 8,2 TWh de gaz — trois fois et demie moins que la Seine-Maritime, qui compte deux fois moins d'habitants. À l'inverse, l'Île-de-France est la première région consommatrice (56,8 TWh) mais avec un profil radicalement différent : 74 % de son gaz part dans le résidentiel et le tertiaire, contre 79 % vers l'industrie en Normandie. Deux territoires peuvent afficher la même consommation totale et n'avoir strictement rien en commun dans leur exposition au prix du gaz.
Dans quels départements les ménages dépendent-ils le plus du gaz ?
Le Nord (59) est le département où les ménages dépendent le plus du gaz : il représente 59,2 % de leur consommation d'énergie de réseau (gaz + électricité), contre 39,4 % en moyenne nationale en 2024. Suivent les Hauts-de-Seine (59,0 %), la Moselle (58,7 %), le Val-de-Marne (57,3 %) et la Seine-Saint-Denis (56,7 %).
À l'autre extrémité, les ménages des Alpes-de-Haute-Provence (11,5 %), des Hautes-Alpes (14,0 %) et du Var (14,4 %) n'utilisent presque pas de gaz de réseau.

Deux précisions indispensables pour lire cette carte correctement. D'abord, cet indicateur ne mesure que les énergies de réseau : un département où l'on se chauffe massivement au fioul ou au bois apparaîtra artificiellement « peu gazier ». Ensuite, il ne dit rien du mode de chauffage individuel de votre logement — c'est une moyenne départementale.
La fracture visible sur la carte n'est pas seulement climatique, elle est historique et industrielle. Les départements les plus dépendants du gaz sont les anciens bassins d'urbanisation dense raccordés tôt au réseau (Nord, Moselle, Meurthe-et-Moselle, Territoire de Belfort) et la petite couronne parisienne, où le chauffage collectif au gaz domine dans l'habitat des années 1960-1980. À l'inverse, tout le Sud méditerranéen a été électrifié plus tard et plus massivement — l'absence de besoin de chauffage intense y a rendu le raccordement au gaz économiquement peu attractif. Résultat concret : une hausse du prix du gaz ne frappe pas la France uniformément. Elle touche d'abord une diagonale Nord-Est + Île-de-France, où plus d'un ménage sur deux dépend du gaz pour son énergie de réseau.
Et il y a le cas limite : 8 départements ne consomment aucun gaz de réseau. Les cinq DOM, la Corse-du-Sud et la Haute-Corse (l'île n'est pas raccordée au réseau gazier continental)… et la Lozère, seul département de France métropolitaine continentale totalement dépourvu de gaz de réseau.
Ce que la répartition du gaz change pour votre facture
Si vous vous chauffez au gaz, vous appartenez à une minorité en volume — mais à une catégorie très exposée au prix. Le gaz résidentiel ne pèse que 28,3 % de la consommation nationale, mais il est réparti sur des millions de foyers dont la facture dépend intégralement du prix du kWh et de l'abonnement souscrit.
Trois enseignements actionnables tirés de ces données :
Votre facture ne baisse pas parce que la consommation nationale baisse. Le volume résidentiel a reculé de 26,5 % depuis 2018, mais le prix unitaire, lui, a suivi une trajectoire propre. Comprendre qui fixe le prix du gaz → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/qui-fixe-le-prix-de-l-energie-en-france
La comparaison gaz / électricité n'a pas la même réponse partout. Dans le Nord ou en Moselle, l'infrastructure gaz est là et le raccordement est acquis ; dans les Alpes-de-Haute-Provence, la question ne se pose quasiment pas. [INTERNAL-LINK: gaz ou électricité, quel chauffage est le moins cher → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/gaz-ou-electricite-quel-chauffage-moins-cher]
Le seul levier immédiat reste le contrat. Réduire les volumes prend des années (isolation, équipement) ; changer de fournisseur prend quelques minutes. [INTERNAL-LINK: comparer les fournisseurs de gaz et d'électricité → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/comparateur-fournisseur-gaz-et-electricite-pour-faire-des-economies
Connaître les prix du gaz et de l'électricité en 2026 → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/prix-gaz-electricite-2026
Calculer sa consommation en kWh → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/calculer-consommation-kwh-guide
Changer de fournisseur de gaz et d'électricité → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/changer-de-fournisseur-electricite-et-gaz]

FAQ — Répartition de la consommation de gaz en France
Quelle est la répartition de la consommation de gaz en France ?
En 2024, la France a consommé 359,6 TWh de gaz, répartis ainsi : 52,3 % pour l'industrie (188,1 TWh), 28,3 % pour le résidentiel (101,7 TWh), 18,6 % pour le tertiaire (66,9 TWh), 0,6 % pour l'agriculture (2,0 TWh) et 0,3 % pour les autres usages. Ces données proviennent du fichier de consommation annuelle d'énergie par département publié sur ODRÉ / data.gouv.fr, qui couvre le gaz livré via les réseaux de distribution et de transport.
Qui consomme le plus de gaz en France, les ménages ou l'industrie ?
C'est l'industrie, avec 52,3 % du gaz consommé en France en 2024, contre 28,3 % pour les logements. L'idée reçue selon laquelle le gaz servirait surtout à chauffer les foyers vient du nombre de clients : les ménages sont des millions, mais chacun consomme peu, quand un seul site industriel peut consommer autant que des dizaines de milliers de logements.
Quel département consomme le plus de gaz en France ?
La Seine-Maritime, avec 29,4 TWh consommés en 2024, devant les Bouches-du-Rhône (20,9 TWh) et le Nord (20,6 TWh). Cette première place s'explique par l'industrie : 88,8 % du gaz consommé en Seine-Maritime va aux sites industriels, principalement la pétrochimie et le raffinage de la vallée de la Seine. Les dix premiers départements représentent à eux seuls 39,6 % de la consommation nationale de gaz.
Y a-t-il des départements sans gaz de réseau en France ?
Oui, huit départements ne consomment aucun gaz de réseau en 2024 : les cinq départements d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte), la Corse-du-Sud et la Haute-Corse — l'île n'étant pas raccordée au réseau gazier continental — ainsi que la Lozère, seul département de France métropolitaine continentale dans ce cas. Dans ces territoires, les ménages se chauffent à l'électricité, au fioul, au bois ou au gaz en citerne (propane), qui n'apparaît pas dans ces statistiques de réseau.
Conclusion
La répartition de la consommation de gaz en France corrige une idée reçue tenace : le gaz est d'abord un combustible industriel (52,3 % des volumes en 2024), pas d'abord un chauffage domestique (28,3 %). Mais c'est bien le résidentiel qui a le plus réduit sa consommation depuis 2018 (−26,5 %), et c'est lui qui subit le plus directement les variations de prix — inégalement selon les territoires, d'un ménage du Nord dépendant du gaz à 59 % à un ménage varois qui l'ignore presque.
Le conseil actionnable est simple : la baisse des volumes nationaux ne fera jamais baisser votre facture toute seule. Si vous êtes chauffé au gaz, le levier le plus rapide reste la comparaison des offres — les volumes se réduisent en années, un contrat se change en minutes.
