La fin du charbon et du fioul dans l'électricité en France n'est pas une promesse politique : elle est déjà écrite dans les données. En intégrant les 246 960 relevés semi-horaires publiés par RTE entre 2012 et 2025, ces deux énergies sont passées de 21,99 TWh à 1,48 TWh par an, soit une chute de 93 %. Elles ne représentent plus que 0,27 % de l'électricité produite en France. Mais un troisième combustible fossile, lui, ne suit pas du tout la même pente.
L'essentiel à retenir
1,48 TWh : la production française au charbon et au fioul en 2025, contre 21,99 TWh en 2012 (-93 %) — RTE, éCO2mix, données définitives.
0,27 % de la production électrique nationale en 2025, contre 4,08 % en 2012.
Le charbon a fonctionné 1 021 heures en 2025 (11,6 % de l'année) contre 7 377 heures en 2012 (84 %) : il est devenu une réserve, plus un socle.
Le gaz, lui, ne décline pas linéairement : 43,96 TWh en 2022, année la plus fossile de toute la série (10,8 % de la production), contre 16,39 TWh en 2025.
Note de lecture — trois pièges à éviter
Cet article parle de production réellement injectée (TWh), pas de puissance installée (MW) ni de capacité fermée. Une centrale peut rester raccordée tout en ne produisant presque plus.
La rubrique « Fioul » de RTE agrège trois usages différents : turbines à combustion (TAC), cogénération et autres. En 2025, la cogénération fioul (0,39 TWh) et les TAC (0,33 TWh) en constituent l'essentiel — ce ne sont pas de grandes centrales thermiques.
Les volumes annuels ci-dessous sont recalculés par intégration des pas de 30 minutes du fichier éCO2mix. Ils peuvent différer de quelques dixièmes de TWh du Bilan électrique annuel publié par RTE, qui applique ses propres corrections de périmètre.
Quelle est la part du charbon et du fioul dans l'électricité française en 2025 ?
Le charbon et le fioul ont produit 1,48 TWh d'électricité en France en 2025, soit 0,27 % de la production nationale (RTE, éCO2mix, données définitives, France continentale). Dans le détail : 0,67 TWh pour le charbon et 0,81 TWh pour le fioul. Pour donner un ordre de grandeur, la production solaire de la seule année 2025 (32,56 TWh) est 22 fois supérieure au total charbon + fioul.
En 2012, ces deux filières produisaient 21,99 TWh, soit 4,08 % du mix. Le basculement s'est opéré en deux temps : une première marche entre 2013 et 2014 (division par plus de deux), puis un décrochage net à partir de 2019, année de fermeture des dernières grandes tranches charbon françaises.
Ce que la courbe montre et que les commentaires manquent souvent : la sortie du charbon français n'a pas été progressive, elle a été discontinue. 2017 et 2021 sont deux années de rebond (respectivement 9,74 et 3,83 TWh de charbon), pas de baisse. À chaque fois, la cause est la même : une disponibilité nucléaire dégradée qui a fait rappeler les moyens de dernier recours. La trajectoire de fond est descendante, mais elle n'est pas monotone.

Le chiffre clé 1,48 TWh en 2025 contre 21,99 TWh en 2012 : 93 % de production en moins en treize ans, pour un mix électrique dont le volume total, lui, est resté quasiment stable (539 TWh en 2012, 546 TWh en 2025).
Comprendre la structure complète du mix électrique français → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/mix-electrique-france-2026-renouvelable-nucleaire
De combien la production au charbon a-t-elle chuté depuis 2012 ?
La production au charbon est passée de 17,45 TWh en 2012 à 0,67 TWh en 2025, soit une baisse de 96 %. Le point haut de la série est même postérieur à 2012 : 19,73 TWh en 2013. Le point bas est 2023, avec 0,83 TWh, avant deux années 2024-2025 stabilisées sous 0,75 TWh.
Le fioul suit une pente moins spectaculaire mais réelle : 4,54 TWh en 2012, 0,81 TWh en 2025 (-82 %). Sa décroissance est plus lente parce que sa nature est différente — il ne s'agit plus de centrales de production mais surtout d'installations de cogénération industrielle et de turbines de secours mobilisées quelques dizaines d'heures par an.
Notre analyse Charbon et fioul sont souvent cités ensemble, mais ils ne racontent pas la même histoire. Le charbon a été éteint par décision politique et économique (prix du CO₂, fermetures programmées). Le fioul, lui, s'érode : il reste un résidu technique difficile à supprimer complètement, car il assure des fonctions de secours qu'aucune autre technologie ne remplit encore au même coût.
Le charbon a-t-il vraiment disparu du mix électrique français ?
Non : le charbon n'a pas disparu, il a changé de rôle. En 2025, des centrales à charbon ont produit pendant 1 021 heures, soit 11,6 % de l'année, contre 7 377 heures (84 % de l'année) en 2012. Autrement dit, ce qui fonctionnait quasiment en continu il y a treize ans ne s'allume plus que par intermittence.
La puissance maximale atteinte dans l'année raconte la même bascule : 5 436 MW en 2012, 734 MW en 2025. C'est une division par plus de sept du plafond de puissance mobilisable.
Le vrai marqueur du changement n'est pas le volume, c'est la concentration. En 2015, les 5 % de demi-heures les plus chargées ne représentaient que 16,2 % de la production annuelle au charbon : la centrale tournait de façon assez régulière. En 2025, ces mêmes 5 % concentrent 39,1 % de la production annuelle. Le charbon français n'est plus une source d'énergie, c'est une assurance de puissance activée sur quelques dizaines d'heures critiques — essentiellement des soirées froides d'hiver.

À retenir Un moyen de production peut représenter une part quasi nulle de l'énergie annuelle tout en restant utile au système : ce que le réseau achète alors, ce n'est pas des kilowattheures, c'est la garantie de pouvoir en produire un soir de vague de froid.
Le record historique de consommation et la pointe hivernale → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/origine-electricite-prise]
Pourquoi le gaz ne disparaît-il pas, lui ?
Parce que le gaz ne joue pas le même rôle : il ne suit pas une trajectoire de sortie, il suit la disponibilité du reste du parc. Sa production annuelle est passée de 25,04 TWh en 2012 à 16,39 TWh en 2025, mais avec un maximum de 43,96 TWh en 2022 — l'année où l'indisponibilité d'une large partie du parc nucléaire (278,80 TWh produits contre 404,55 TWh en 2012) a dû être compensée.
Conséquence contre-intuitive, et rarement dite : l'année la plus fossile de toute la série n'est pas 2012, c'est 2022. Les combustibles fossiles ont représenté 10,82 % de la production électrique française en 2022, contre 8,72 % en 2012 — alors même que le charbon et le fioul y étaient cinq fois plus faibles qu'en 2012. La décarbonation de l'électricité française ne dépend donc pas seulement de ce qu'on ferme, mais de ce qui reste disponible pour éviter d'allumer le gaz. En 2024 et 2025, le retour du nucléaire (361,70 puis 373,03 TWh) et la montée du solaire ont fait retomber le gaz à son plus bas niveau de la période.

Notre analyse Le récit d'une France « en train de sortir des fossiles » est vrai pour le charbon et le fioul, et beaucoup plus nuancé pour le gaz. Le gaz est la variable d'ajustement du système : il ne décline pas de lui-même, il recule quand les autres moyens suffisent. Le confondre avec le charbon dans un même graphique de « fossiles en baisse » fait passer à côté du mécanisme réel.
À quoi sert encore le gaz dans le mix électrique français ?
À passer la pointe du soir en hiver, essentiellement. En 2025, les centrales à gaz ont produit en moyenne 1 871 MW sur l'année, mais 4 816 MW en moyenne entre 18h et 20h les mois d'hiver (janvier, février, décembre) — un facteur 2,6. Sur la seule journée type d'hiver, la puissance appelée culmine à 4 901 MW à 19h, contre 2 650 MW à 4h du matin.
La saisonnalité est tout aussi nette : janvier, février et décembre 2025 concentrent 8,25 TWh, soit 50 % de la production gaz annuelle en trois mois. Le creux se situe en mai (0,28 TWh), quand le solaire est abondant et la demande de chauffage nulle.

Le chiffre clé 50 % de la production électrique au gaz de 2025 a eu lieu en janvier, février et décembre. Le gaz n'est pas une énergie de base en France : c'est une énergie de pointe hivernale.
[INTERNAL-LINK: comparer le coût du chauffage au gaz et à l'électricité → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/gaz-ou-electricite-quel-chauffage-moins-cher]
Que change la fin du charbon et du fioul pour votre empreinte carbone et votre facture ?
Pour l'empreinte carbone, l'effet est mesurable : l'intensité carbone moyenne de l'électricité française est passée de 59,1 gCO₂/kWh en 2012 à 17,3 gCO₂/kWh en 2025, soit une baisse de 71 % (moyenne arithmétique des pas de 30 minutes du fichier éCO2mix ; une moyenne pondérée par la consommation donnerait une valeur légèrement différente).
Pour la facture, en revanche, le lien est indirect. Le prix que vous payez ne dépend pas de la part du charbon dans le mix français, mais du tarif de votre contrat, de la fiscalité et du prix de marché de gros — lequel reste, lui, sensible au prix du gaz aux heures de pointe.
D'où un conseil actionnable qui découle directement des données ci-dessus : c'est le créneau horaire, pas l'année, qui détermine aujourd'hui le contenu fossile de votre kilowattheure. Un lave-linge lancé à 19h un soir de janvier mobilise une électricité nettement plus carbonée qu'à 14h en mai, où le gaz tombe à 554 MW en moyenne. Décaler les usages flexibles (lave-linge, ballon d'eau chaude, recharge de véhicule électrique) hors de la pointe du soir hivernale est le seul levier individuel qui agisse réellement sur la part fossile appelée — et il coïncide souvent avec les plages d'heures creuses.
à quelle heure l'électricité est-elle la plus propre → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/electricite-verte-france-2026-heure-consommation
Comparer les offres et changer de fournisseur d'électricité → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/changer-de-fournisseur-electricite-en-2026

FAQ
Le charbon est-il totalement arrêté en France en 2025 ? Non. En 2025, des centrales à charbon ont encore produit 0,67 TWh d'électricité, réparties sur environ 1 021 heures d'activité, soit 11,6 % de l'année. C'est 96 % de moins qu'en 2012 (17,45 TWh), mais la filière reste mobilisable lors des pointes de consommation hivernales.
Quelle est la part des énergies fossiles dans l'électricité française ? En 2025, le charbon, le fioul et le gaz ont représenté ensemble 17,87 TWh, soit 3,27 % de la production électrique française, selon les données définitives éCO2mix de RTE. Le charbon et le fioul seuls n'en représentent que 0,27 %. L'année la plus fossile de la période 2012-2025 est 2022, avec 10,82 %, en raison de la faible disponibilité du parc nucléaire.
Pourquoi la France utilise-t-elle encore du gaz pour produire de l'électricité ? Le gaz sert de moyen d'ajustement pour couvrir les pointes de consommation, principalement en soirée d'hiver. En 2025, les centrales à gaz ont produit en moyenne 4 816 MW entre 18h et 20h durant les mois d'hiver, contre 1 871 MW en moyenne annuelle. La moitié de la production gaz de l'année s'est concentrée sur janvier, février et décembre.
L'électricité française est-elle plus propre qu'il y a dix ans ? Oui. L'intensité carbone moyenne relevée par RTE est passée de 59,1 gCO₂/kWh en 2012 à 17,3 gCO₂/kWh en 2025, soit une baisse de 71 %. Cette amélioration s'explique principalement par la quasi-disparition du charbon et du fioul et par la montée de l'éolien et du solaire, passés ensemble de 18,68 TWh en 2012 à 82,17 TWh en 2025.
Conclusion
La fin du charbon et du fioul dans l'électricité en France est un fait établi par les données, pas une projection : 1,48 TWh en 2025 contre 21,99 TWh en 2012, et 0,27 % d'un mix qui en comptait 4,08 %. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Le gaz, lui, ne suit aucune trajectoire de sortie : il monte quand le nucléaire flanche, il redescend quand celui-ci revient, et il se concentre sur les soirées froides. Le conseil qui en découle est simple : si vous voulez agir sur la part fossile de votre consommation, ce n'est pas le fournisseur qu'il faut d'abord changer, c'est l'heure à laquelle vous consommez — et tant qu'à faire, autant vérifier que votre contrat valorise ce décalage par des heures creuses.
Comparer les offres d'électricité et le prix du kWh → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/prix-de-electricite-2026-tarifs-guide-complet
