La consommation de gaz de l'industrie française a chuté de 36 % entre 2017 et 2024, passant de 189,7 TWh à 121,1 TWh. Cette baisse spectaculaire interroge : signe d'une sobriété énergétique réussie, conséquence du choc des prix de 2022, ou symptôme d'une désindustrialisation ? Les données de NaTran (ex-GRTgaz) permettent de trancher secteur par secteur — et la réponse est plus nuancée que les gros titres.
L'essentiel à retenir
La consommation de gaz des industriels raccordés au réseau de transport est passée de 189,7 TWh (2017) à 121,1 TWh (2024), soit -36 % (source : NaTran).
En 2025 (année complète), elle descend encore à 115,0 TWh, soit -39 % par rapport au pic de 2017.
La chimie (27,3 TWh) et le raffinage/pétrochimie (21,9 TWh) pèsent à eux seuls 41 % de la consommation industrielle en 2024.
Le plus gros recul vient de la production électrique centralisée (-69 % depuis 2017) : c'est un effet de substitution énergétique, pas une fermeture d'usines.
Note de lecture — ce que mesurent (et ne mesurent pas) ces chiffres Ces données couvrent la consommation de gaz des clients industriels raccordés au réseau de transport (NaTran, ex-GRTgaz), en TWh PCS 0°C. Le périmètre inclut aussi le chauffage urbain et la production électrique centralisée alimentés par ce réseau. Il ne faut pas additionner ces chiffres avec la consommation distribuée (autre périmètre) ni avec la consommation totale nationale. L'année 2026 est partielle (janvier à mai) : elle est exclue de toutes les comparaisons annuelles de cet article.
Combien de gaz l'industrie française consomme-t-elle vraiment ?
L'industrie française a consommé 121,1 TWh de gaz en 2024, contre 189,7 TWh en 2017, soit une baisse de 36 % (source : NaTran). En 2025, année désormais complète, le chiffre tombe à 115,0 TWh — un recul cumulé de 39 % en huit ans.
Le graphique ci-dessous montre que la baisse n'est pas un accident ponctuel lié à 2022. Après un pic en 2017, la consommation se maintient autour de 170-185 TWh jusqu'en 2022, puis décroche nettement à partir de 2023.
Consommation de gaz de l'industrie française 2015-2025. Source : NaTran (ex-GRTgaz), consommation gaz des clients industriels par secteur.
L'erreur la plus fréquente consiste à dater toute la baisse de la crise énergétique de 2022. En réalité, le décrochage le plus violent intervient entre 2022 et 2024 (-30 %) : ce n'est donc pas le pic de prix de 2022 lui-même, mais ses conséquences durables (arbitrages industriels, baisses de production, substitutions) qui ont reconfiguré la demande. Le mouvement s'inscrit dans le temps long, pas dans un seul hiver.
Le chiffre clé : -36 % entre 2017 et 2024, et -39 % jusqu'en 2025. La consommation de gaz industrielle a perdu plus du tiers de son volume en moins d'une décennie.
Quels secteurs industriels consomment le plus de gaz ?
La chimie est de loin le premier consommateur de gaz industriel avec 27,3 TWh en 2024, devant le raffinage et la pétrochimie (21,9 TWh) et l'agroalimentaire (16,2 TWh) (source : NaTran). À eux seuls, la chimie et le raffinage représentent 41 % de la consommation de gaz de l'industrie.

Cette concentration a une implication directe sur la lecture de la baisse nationale : quand quelques secteurs très intensifs en gaz ralentissent, l'effet sur le total est démultiplié. Autrement dit, la trajectoire du gaz industriel français se joue dans une poignée d'usines chimiques et de raffineries, bien plus que dans la diffusion d'efforts de sobriété sur l'ensemble du tissu industriel.
À retenir : Chimie + raffinage = 41 % de la consommation. Suivre ces deux secteurs suffit à anticiper l'essentiel de la tendance.
Comprendre la formation des prix de l'énergie pour les professionnels → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/qui-fixe-le-prix-de-l-energie-en-france]
Sobriété ou désindustrialisation : que disent les données par secteur ?
Tous les secteurs reculent, mais pour des raisons différentes : la production électrique au gaz chute de 69 % depuis 2017, tandis que le verre ne baisse que de 17 % (source : NaTran). Confondre ces deux dynamiques sous l'étiquette unique de « désindustrialisation » serait une erreur d'analyse.

Le poste qui s'effondre le plus — la production électrique centralisée (-69 %) — n'est pas un signe de désindustrialisation : il traduit la substitution du gaz par d'autres sources dans le mix électrique français (nucléaire disponible, montée des renouvelables). C'est un recul « vertueux » au sens climatique, à ne surtout pas confondre avec une fermeture d'activité productive.
À l'inverse, les reculs marqués du papier-carton et de l'automobile (-41 % chacun) reflètent davantage des baisses de production et des arbitrages de site. Entre ces deux extrêmes, les grands consommateurs (chimie, raffinage, agroalimentaire, métallurgie) baissent dans une fourchette resserrée de -25 % à -28 % : un mélange d'efficacité énergétique, de baisse de cadence et de prix élevés. La vérité n'est donc ni « 100 % sobriété » ni « 100 % désindustrialisation » : c'est un panachage qui varie radicalement d'un secteur à l'autre.
Notre analyse : un même chiffre national (-36 %) recouvre des réalités opposées. Ignorer cette hétérogénéité, c'est se condamner à de mauvaises conclusions de politique énergétique.
Pourquoi 2026 ne doit pas être comparé aux années précédentes ?
Les données 2026 ne couvrent que janvier à mai : les comparer à une année pleine fausserait toute conclusion (source : NaTran). Sur cinq mois, l'industrie a consommé 49,4 TWh — un chiffre qui n'a de sens qu'au regard des mêmes cinq mois d'une autre année, jamais face à un total annuel.
Cette précaution n'est pas un détail technique. La consommation de gaz industrielle est fortement saisonnière (chauffage de procédés, activité concentrée hors été), si bien qu'extrapoler cinq mois d'hiver et de printemps à douze mois surestimerait mécaniquement le total. C'est précisément ce type de raccourci qui alimente des titres trompeurs sur une prétendue « reprise » ou « effondrement » en cours d'année.
À retenir : la dernière année réellement exploitable pour une comparaison annuelle complète est 2025 (115,0 TWh).
Qu'est-ce que cela change pour les ménages et leur facture ?
Pour un particulier, la baisse de la demande industrielle ne se traduit pas mécaniquement par une facture de gaz plus basse : le prix du gaz dépend davantage des marchés de gros, de la fiscalité et du tarif d'acheminement que du volume consommé par les usines françaises.
Le vrai enseignement pour un ménage est ailleurs : si même les industriels — pour qui le gaz est un poste de coût stratégique — réduisent leur dépendance et arbitrent leurs contrats, c'est le signal que l'optimisation de son propre contrat de gaz est devenue une démarche normale, pas un excès de prudence. Comparer les offres et changer de fournisseur reste le levier le plus accessible pour un particulier.
Comparer les fournisseurs de gaz et d'électricité pour réduire sa facture → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/comparateur-fournisseur-gaz-et-electricite-pour-faire-des-economies]
Gaz ou électricité, quel chauffage est le moins cher → https://jeswitch.fr/mutuelle-sante/actualites/gaz-ou-electricite-quel-chauffage-moins-cher]

FAQ — Consommation de gaz de l'industrie en France
De combien la consommation de gaz de l'industrie française a-t-elle baissé ? La consommation de gaz des clients industriels raccordés au réseau de transport est passée de 189,7 TWh en 2017 à 121,1 TWh en 2024, soit une baisse de 36 %. En 2025, elle atteint 115,0 TWh, soit -39 % par rapport au pic de 2017 (source : NaTran, ex-GRTgaz).
Quel secteur industriel consomme le plus de gaz en France ? La chimie est le premier consommateur avec 27,3 TWh en 2024, suivie du raffinage et de la pétrochimie (21,9 TWh) puis de l'agroalimentaire (16,2 TWh). La chimie et le raffinage représentent ensemble 41 % de la consommation de gaz de l'industrie.
Cette baisse signifie-t-elle que la France se désindustrialise ? Pas uniquement. Le plus gros recul provient de la production électrique au gaz (-69 % depuis 2017), qui relève d'une substitution énergétique, pas d'une fermeture d'usines. Les baisses du papier-carton et de l'automobile (-41 %) reflètent davantage des reculs d'activité. La réalité combine sobriété, efficacité, baisse de production et substitution selon les secteurs.
Les chiffres 2026 montrent-ils une nouvelle tendance ? Non. Les données 2026 ne couvrent que janvier à mai et ne peuvent pas être comparées à une année complète. La consommation de gaz étant saisonnière, toute extrapolation de cette période partielle serait trompeuse. La dernière année complète exploitable est 2025.
Conclusion
La consommation de gaz de l'industrie française a perdu plus d'un tiers de son volume depuis 2017, mais ce chiffre unique masque des trajectoires sectorielles très contrastées. Entre une production électrique au gaz qui s'efface au profit d'autres énergies, des secteurs lourds qui rationalisent, et quelques filières en repli d'activité, parler de « sobriété » ou de « désindustrialisation » de façon globale serait inexact. Pour un ménage, le signal est clair : dans un marché où même les plus gros consommateurs optimisent leur gaz, comparer son contrat et changer de fournisseur reste le réflexe le plus rentable.
